Un client échange un billet de dix euros contre deux billets de cinq euros auprès d'un vendeur de loterie de rue, à Ronda
L'inflation dans la zone euro a largement dépassé en mars l'objectif de 2% fixé par la Banque centrale européenne (BCE), en raison de la flambée des prix de l'énergie liée à la guerre au Moyen-Orient, montrent les données préliminaires publiées mardi par Eurostat.
L'inflation dans les 21 pays qui partagent l'euro s'est établie à 2,5% en mars sur un an, après 1,9% en février, alors que les analystes tablaient sur 2,6%.
Comme prévu, cette hausse est imputable à la hausse des prix de l'énergie, qui ont grimpé de 4,9% en mars après un recul de 3,1% en février.
Les prix du pétrole ont presque doublé en raison de la guerre en Iran, et la BCE est actuellement confrontée au dilemme de savoir s'il convient de relever les taux d'intérêt pour éviter que cette flambée n'ait des répercussions durables sur les prix d'autres biens et services.
L'indicateur d'inflation des prix sous-jacents, qui exclut les coûts volatils de l'alimentation et de l'énergie, ressort à 2,2% contre 2,3% en février, alors que les analystes tablaient sur 2,4%.
"Le contexte de stabilité des prix auquel nous étions habitués touche à sa fin", souligne Alexander Krueger, chef économiste chez Hauck Aufhaeuser Lampe, ajoutant qu'il est important que cette pression inflationniste ne se répercute pas sur le taux sous-jacent.
Selon Jörg Kraemer, économiste chez Commerzbank, l'inflation globale pourrait dépasser les 3% d'ici mai, à moins que la guerre ne prenne fin rapidement.
La théorie économique soutient que les banques centrales ne devraient pas tenir compte des chocs ponctuels sur les prix provoqués par des perturbations de l'offre, notamment parce que la politique monétaire agit avec un fort décalage.
Cependant, une hausse des cours de l'énergie peut facilement se répercuter sur l'inflation globale si les entreprises commencent à la répercuter sur leurs prix de vente et si les employés réclament des salaires plus élevés pour compenser la perte de pouvoir d'achat
La guerre au Moyen-Orient, qui vient de rentrer dans son deuxième mois, a bouleversé les prévisions de politique monétaire dans le monde entier, y compris celles concernant les taux de la BCE.
Les marchés financiers tablent désormais sur trois hausses de taux cette année dans la zone euro, la première anticipée soit en avril, soit en juin.
La BCE a mis du temps à prendre conscience du problème lors de la vague inflationniste de 2022, affirmant pendant des mois que la hausse des prix était temporaire et qu'elle finirait par s'atténuer.
Francfort n'a donc relevé ses taux d'intérêt que lorsque la flambée des prix a atteint 8%, ce qui l'a contraint à entamer le cycle de resserrement monétaire le plus marqué de son histoire.
Carsten Brzeski, responsable mondial de l'analyse macroéconomique chez ING, affirme toutefois qu'il a du mal à imaginer que la BCE annonce une hausse des taux lors de sa prochaine réunion de politique monétaire le 30 avril.
"À moins que les fantômes de 2022 ne tiennent vraiment les décideurs éveillés la nuit", dit-il.
(Rédigé par Balazs Koranyi; version française Diana Mandiá; édité par Benoit Van Overstraeten et Blandine Hénault)

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